Un tango hors du cadre

20/11/2019 | articles, culture, talents

Temps de lecture : 4 minutes

Rencontre avec Céline Tiberghien du collectif queer Tangolibero. Un collectif qui propose des cours de tango sans préjugé, hors du cadre traditionnel qui lui est souvent associé.

© Camille Collin

Quelle est l’histoire du collectif Tangolibero ?

Le collectif a été créé il y a 4 ans, dans l’idée de durer tant que des personnes qui ne se retrouvent pas dans les cours traditionnels auront besoin de cours de tango Queer à Paris. Il est constitué d’une administratrice, de 8 professeur.es, d’un conseil d’élèves impliqué dans les décisions clefs, d’une Présidente et d’une Trésorière de l’association du même nom. Il voit passer une centaine d’élèves par an, répartis sur trois niveaux. Ce collectif est le fruit du travail de chacune des personnes impliquées, et le résultat est d’une richesse humaine incroyable…

Quelle est sa mission ?

Offrir des cours hebdomadaires pour toutes les personnes souhaitant évoluer hors du cadre traditionnel du tango argentin « homme qui guide et femme qui suit ». Mais aussi pour toutes celles et ceux pour qui la norme ne correspond pas à leur quotidien et qui ont besoin d’un espace au mieux qui leur ressemble, ou encore qui les accueillera tel.les qu’elles et ils sont.
Le tango Queer a été initié par la communauté LGBTQI+ internationale (Lesbiennes, Gays, BiEs, Trans, Queer, Intersexes).
Le collectif est ouvert à tout.e individu.e sensible à cette approche, respectueux.se des diversités. Il veille à offrir un enseignement à l’écoute des élèves et de leurs besoins et limites. Et pour réussir à les faire danser, rien de tel que la douceur.

Pour en savoir + : 

Echos Tango – Tangolibero

Qui es-tu ?

Céline Tiberghien, tombée dans le tango argentin il y a 10 ans de cela !

Je ne m’en suis jamais remise, pour mon plus grand bonheur. Avant cela, j’ai vécu un parcours atypique et autodidacte qui n’a pris tout son sens qu’une fois le tango entré dans ma vie. Tous les savoir-faire et expériences passées m’ont servi pour rentrer dans la danse et mettre petit à petit en place un projet professionnel pluriel qui fait réellement sens aujourd’hui.
Quand j’ai commencé à danser j’ai tout d’abord appris à guider car c’était le rôle dans lequel je me retrouvais le mieux. L’idée que les rôles puissent être définis dès le départ en fonction du genre de la personne ne finira jamais de m’étonner. C’est limitant pour les femmes comme pour les hommes qui ne se retrouvent pas dans ces rôles prédéfinis, c’est aussi digne d’une société qui aurait 100 ans de retard sur la réalité.
C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai participé à la mise en place et l’intégration du tango Queer à Paris.
Pour faire le pont entre le tango Queer et le tango dit « traditionnel », j’ai aussi créé la structure « Echos Tango » qui offre la possibilité d’apprendre et d’explorer les deux rôles sans l’engagement politique que l’on trouve dans le tango Queer.
Je suis aussi danseuse professionnelle, coach scénique et performeuse burlesque.
Enfin, je me sers du tango comme outil pour travailler sur des notions de développement personnel et professionnelles.

Que représente le tango pour toi ?

Tout ! Hahaha ! C’est un magnifique espace d’apprentissage et de transmission. Je ne cesse de me former pour mieux transmettre chaque jour, et c’est passionnant.
C’est un lieu de création tant dans l’enseignement que dans le domaine artistique.
Au travers du duo « Alchimie tango » que je partage avec Aurélie Vivien, nous explorons le champ infini des notions de conscience corporelle pour trouver le juste mouvement, la connexion la plus aboutie, entre autres choses.
C’est aussi un incroyable outil de développement personnel qui offre une palette extraordinaire d’expérimentations possibles.
Entre cours collectifs ou particuliers, stages et séminaires, ateliers leadership et followership en entreprises, les enjeux et la transmission diffèrent d’un public à un autre et cette diversité me passionne !
Mais avant tout, c’est une danse d’une richesse inénarrable qui offre une connexion à soi-même, à l’Autre et si on y est sensible, à plus grand que soi.

Le tango est-il une utopie réelle ?

Oui, ça lui va plutôt bien comme description… c’est une sorte de société dans la société, un microcosme qui reprend tous les travers de la vie quotidienne mais aussi ce qu’il y a de plus beau.
Imaginez un monde qui ne vivrait qu’au travers de la danse, à la recherche sans cesse renouvelée de la connexion entre partenaires, de celle qui vous fait toucher du doigt une forme d’absolu, qui vous rapproche à chaque fois un peu plus près de votre âme et de ce qui est juste. Dans cet univers, il y a celles et ceux pour qui le tango est une source inaltérable d’apprentissage et d’élévation ; et il y a celles et ceux pour qui un pas de tango n’est qu’un mouvement mécanique qui procure déjà le plaisir de l’exécution.
C’est cette communauté de personnes de plus en plus diversifiées qui cohabitent, parfois malgré elles, mais le plus souvent avec beaucoup de bonheur.

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