La mobilisation des médias indépendants et engagés

08/11/2019 | culture, société, tables rondes, vidéos

Dans le cadre de la journée du 26 octobre 2019 autour des médias qui se battent pour une information libre et exigeante, retour sur les 4 tables rondes avec nos invités…

Sexisme et question de genre dans les médias traditionnels

Pour ouvrir la journée des médias engagés et indépendants, un sujet nous paraissait évident à aborder : le sexisme et la question de genre dans les médias traditionnels.

Que ce soit le scandale de la ligue du LOL qui a brisé l’omerta sur le fonctionnement de certaines rédactions et sur la place des femmes journalistes ou bien l’usage du mot « féminicide » à la place de « crime passionnel », cette année marque plus que jamais la nécessité de mettre en place des idées et des moyens pour ces questions soient autant valorisées comme sujet journalistique que celui de Trump ou du Brexit.

Si les sujets sont peu ou mal traitées, il s’agirait déjà de comprendre comment fonctionnent les rédactions avec quelques chiffres poignants : 19% de femme directrice de la rédaction, 34% de femme rédactrice en chef. Ces inégalités expliquent l’attribution de ces sujets qui se retrouvent ensuite dans la sphère médiatique : 30% du temps de parole pour les femmes et 20% d’expert·e·s invité·e·s sont des femmes. Il y a un réel manque de représentation des femmes dans les sujets mais aussi bien les structures journalistes.

Alors quelles solutions en 2019 pour éradiquer ces inégalités ? Arrêter de chercher un bon client pour un sujet, réorganiser la rédaction, suivre les méthodes proposées par l’association Prenons La Une…

Animée par Paloma Moritz (journaliste indépendante) Avec Laurène Daycard (journaliste indépendante spécialisée dans les violences faites aux femmes), Raphaël Garrigos (rédacteur en chef du média Les Jours), Cécile Jammet (journaliste et militante pour Révolution Permanente), Sophie Peroy Gay (journaliste pour Radio Parleur), Léa Broquerie (journaliste indépendante et membre de Prenons la une)

Comment facebook, youtube et les GAFA régulent l’information ?

« Ils s’appellent Lille insurgée, Bretagne noire, Collectif Auto Média énervé, Cerveaux non disponibles… 

Les collectifs qui administrent les pages Facebook font état depuis quelques semaines de la chute libre du nombre de vues sur leurs publications, alors qu’elles touchaient jusque-là des milliers de lecteurs, souvent des dizaines de milliers, parfois des centaines. » Média Jaune de Lorraine.

Un seul message sur leur page Facebook : « You’re page is blocked ». Disparition des publications, suspension de comptes, diminution des audiences… Face à cette situation, les pages tentent de comprendre ce qui est leur est arrivé. Quelle est la nature de cette censure ? Sont-elles victimes des algorithmes, d’une censure économique ou bien politique ? 

Plusieurs pistes de réponse sont abordées au cours de cette conférence. Pour Nathalie Athina, les GAFA et les réseaux sociaux sont de mèche avec les dirigeants. Un exemple : les contenus dénonçant les violences policières sont systématiquement bloqués par les plateformes. Il y a quelques mois, Le Média a diffusé un reportage sur les armes chimiques utilisées contre les manifestants. Il a rapidement été censuré par Facebook sans possibilité d’appel. « Les plateformes n’ont pas intérêt  à montrer ces violences policières. Elles veulent créer un environnement favorable à maximiser leurs revenus publicitaires. C’est mieux de créer un univers polissé et non anxiogène. De la même manière, le gouvernement n’a pas envie que ce genre de sujets soit vu par le plus grand nombre. Il y avait une convergence manifeste. » (Lucas Gautheron). Difficile de dissocier l’économique et le politique.

Le rapport de force s’opère néanmoins entre le pouvoir et les plateformes elles-mêmes: le gouvernement impose des lois contre les fake-news, contre les discours haineux. La censure peut être préventive.

NnoMan évoque également le poids des algorithmes, notamment sur YouTube. « Ils scannent les vidéos, repèrent des scènes jugées violentes, des mots clés. On ne les connaît pas. Un système est mis en place pour procéder à une censure de masse. » Les contenus passés au peigne fin ne peuvent alors être monétisés.

Comment contrer ces géants du web ? Aujourd’hui, il est important de s’imposer dans ces espaces publics. La réunion et la convergence des médias indépendants (mais aussi des médias traditionnels) est une voie pour demain.

Animée par Mathieu Molard (Street Press)

Avec Nathalie Athina (L’Autre Quotidien, Cerveaux non disponibles), Lucas Gautheron (Le Media) et NnoMan (photographe, co-fondateur du collectif ŒIL).

Le don, un modèle viable pour les médias indépendants ?

Le don est-il un modèle viable pour les médias indépendants ? Comment ça fonctionne concrètement ? Quels sont les autres modes de revenus possibles ? Chaque invité vous dévoile sont point de vue, en lien avec le média qu’il représente :

Agnès Rousseaux (Basta Mag), Lorène Lavocat (Reporterre), Jean-Christophe Parant (Sans Tête), Geoffrey Livolsi (Disclose.ngo), Mathias Enthoven (Le Media) et Augustin Naepels (Les Jours). Table ronde modérée par Frédéric Haury.

Lors de cette table ronde vous découvrirez en quoi le don est un modèle particulièrement adapté pour les médias indépendants qui souhaitent rester libres. La monétisation est-elle possible pour les médias qui font appel aux dons et qui donnent accès à leur contenu gratuitement et sans inscription ? Qu’est-ce que le membership et en quoi est-il important pour fidéliser une audience ? Quels sont les avantages et inconvénients du don, comparé aux autres systèmes de financements ? Peut on combiner revenus d’abonnements et dons ? Quels sont les outils utilisés par les médias indépendants pour recueillir des dons, faut-il organiser des campagnes de dons ?  La table ronde termine par un échange avec le public.

Retour sur les événements sociaux des dernières semaines : la mobilisation générale et après ?

Avec Matthieu Molard (Streetpress), Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre), Sabah Rahmani (Kaizen), Mathieu (Lundi Matin), Erwan Manac’h (Politis), Laury-Anne Cholez (Socialter), modéré par Martin Bodrero (Radio Parleur) 

Lors de cette discussion Martin Bodrero entraîne ses invités à revenir sur deux sujets principaux, puisqu’il fallait bien faire des choix dans une actualité chargée,  les actions menées par Extinction Rebellion et les mobilisations des professions des secteurs publics. Enfin il pose la question de la possibilité d’une convergence des luttes.

Voici quelques unes des idées abordées lors de cette table ronde.

Le débat démarre par le retour sur les deux actions phare de XR à Paris, l’occupation d’Italie 2 et celle de la place du Châtelet. Alexandre et Laury-Anne y étaient et partagent leurs impressions. L’action d’Italie 2 ayant été pour eux particulièrement marquante car rassembleuse de plusieurs mouvements (Justice pour Adama et les gilets jaunes notamment). Place de Châtelet, l’ambiance et le public étaient différents. Laury Anne a fait le constat d’un public jeune, blanc et éduqué, d’un événement uniquement XR et de revendications pas très précises.

Des critiques que l’on peut retrouver dans un article de Lundi Matin regrettant un mouvement au final policé, sans spontanéité. Mathieu de Lundi Matin est cependant nuancé, lui même souligne l’aspect positif de la mobilisation des jeunes mais questionne la suite et attend de voir comment XR évoluera face à des luttes précises et concrètes. 

Sabah quant à elle invite à prendre du recul en revenant à l’origine des mouvements de désobéissance civile nés aux Etats-Unis et en constatant qu’aujourd’hui luttes sociales et luttes écologistes sont les deux faces d’une même pièce. 

Un mot aussi sur l’Atlas des “luttes contre les grands projets inutiles et imposés” réalisé par Reporterre. Un Atlas collaboratif à consulter en ligne et à enrichir. Laury Anne grâce à ce projet témoigne d’une organisation des citoyens un peu partout en France et sur multiples sujets qui savent désormais comment mener des actions en justice pour défendre leur environnement.

Dans la partie sur les mouvements des professions des secteurs publics, personnels hospitaliers, pompiers, enseignants, etc, Martin interroge les participants sur ce qui relie ces différents mouvements. 

Erwan de Politis explique ainsi que ces professions sont dans des états de pression extrême et ce depuis plusieurs années. Tous les services de l’Etat étant en tension, encore accentuée par le passage de la loi sur la réforme de la fonction publique en août dernier mais est-ce que ces mobilisations peuvent faire changer les choses ?

Matthieu de Streetpress fait le constat que les syndicats classiques ne sont plus représentatifs pour tout un tas de raison et que les gens ne croient plus en leur capacité à faire bouger les choses. Alors ils s’organisent autrement. D’autres types de mobilisations se font jour. En tant que journaliste cela oblige à travailler totalement différemment. Il ne suffit plus de passer un coup de fil à un représentant syndical pour avoir de l’info, il faut descendre sur le terrain au plus près des gens. 

On cite l’exemple du CLAP (collectif des livreurs autonomes de Paris) ou du collectif Inter-urgences. Pour tous, ces nouveaux interlocuteurs sont particulièrement intéressants car ils sont sur le terrain. 

La convergence des luttes est elle possible ? 

Pour Erwan, il y a partout de la colère mais pas encore de langage commun entre toutes ces luttes.

Pour Matthieu de Streetpress, la question des convergences est complexe et c’est un mot un peu galvaudé. Historiquement c’est la convergence de quelques luttes dans lesquelles les syndicats étaient structurés et se retrouvaient ponctuellement pour défendre leurs propres intérêts. Mais il n’y a jamais eu d’élargissement vers d’autres populations et d’autres problèmes comme ceux de la banlieue ou du milieu rural. 

Aujourd’hui il voit se créer des espaces de rencontres et d’échanges pour trouver des solutions et là c’est intéressant.

Pour Sabah, ce qui se passe aujourd’hui est révélateur de la fin d’un système. Selon elle les journalistes ont le devoir de décloisonner et de faire le lien entre les différentes luttes.

Mathieu de Lundi Matin revient sur le sens même de l’expression “Convergence des luttes”. Selon lui, l’usage de ce terme n’est plus d’actualité et plus approprié car converger c’est aller vers un centre ce n’est pas aller les uns vers les autres.

Or ce poste du centre plus personne n’en veut et personne ne veut de représentant du prolétariat, la totalité des luttes en cours démontrent une envie contraire.  

Il est donc plus intéressant de penser des passerelles, des langages communs et des expériences à partager entre les différents mouvements. 

Mathieu revient enfin sur l’accident de Lubrizol, Lundi Matin étant basé à Rouen.

Selon lui les mobilisations ont été assez nulles et les politiques incapables d’apporter des réponses. On demande des comptes que les politiques ne sont plus en mesure de donner 

parce que les réponses leur échappent, la question politique se pose aujourd’hui par rapport à l’organisation même de l’existence mais plus par rapport au pouvoir politique. 

Questions avec le public. 

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