4 questions pour demain avec Amandine Lepoutre #entrepreneuriat

09/04/2020 | 4 questions pour demain S1, vidéos

Amandine LEPOUTRE, est Présidente et co-fondatrice de Thinkers & Doers, un réseau international d’entreprises et organisations citoyennes. A la fois réseau, média et consultancy, dont la vocation est d’accompagner ses membres dans la transition écologique et sociale, Thinkers & Doers rassemble 20 000 membres sous la bannière ”Economy for Humanity”.

“La “carte des positions” c’est essayer de sérier tout ce que l’on a envie de garder, ce que l’on a plutôt envie de changer ou de supprimer dans nos façons de fonctionner”

 

1. Que vous enseigne la crise actuelle ?

Plein de choses déjà ça m’a appris, je pense, la vulnérabilité. Le truc dont on n’a pas forcément conscience tous les jours. Se dire que quasiment en huit jours on se retrouve à changer de modèle, que potentiellement tout ce que l’on a monté ça peut disparaître, ou en tout cas, changer radicalement. 

On se rend compte des liens de solidarité qu’on peut voir autour de nous, des gens qui sont prêts à nous soutenir, de l’équipe aussi qu’on a et qui est formidable, donc oui je trouve que ça remet un peu les pendules à l’heure. Ça apprend aussi les liens, le besoin de contact, le besoin de voir les gens, de sentir qu’on appartient à une communauté. 

Je viens de relire le livre de Bruno Latour qui dit que quand on traverse ce genre de choses ça permet en fait de ressentir, collectivement et en même temps, l’universalité de la condition humaine. Qu’est ce que ça veut dire ? je pense que tous, en même temps en ce moment, on sent le sol qui se dérobe un peu sous nos pieds. C’est assez étrange de ressentir ça collectivement, au niveau local, au niveau de son propre immeuble, des pays, du monde entier. 

Voilà ça pose plein de questions, ça dépend aussi des jours, de comment on se réveille et de ce que l’on a envie de regarder. 

2. Qu’est-ce que la crise actuelle peut permettre de faire changer dans notre système ?

Ça c’est la grosse question que l’on adresse tous. Est-ce pour se raccrocher à quelque chose,  en se disant quand on sortira, qu’est ce qui va se passer, qu’est ce qu’on va retrouver, est-ce que ce sera comme avant ou un monde d’après différent.  Je ne sais pas en fait ce que ça peut permettre de changer.

J’ai beaucoup d’espoir, j’ai beaucoup d’envie. On a envie de se dire que l’on est capable de tout réinventer. Je pense, en ce moment en tout cas, en étant tous confinés, ou en vivant cette période de crise, que ça doit permettre de poser les bonnes questions et de s’interroger, au fur et à mesure, sur pourquoi on en est arrivé à cette situation. Qu’est-ce que l’on veut mettre en place pour que, si ça se représente, on arrive à réagir différemment. Qu’est-ce que l’on a envie d’inventer aussi, qu’est-ce que l’on a envie de faire émerger. Je regarde pas mal en ce moment _ sûrement parce qu’on est dans une rhétorique très guerrière, l’état de guerre, on envoie les gens au front, etc _  ce qui s’est passé sur les grandes crises historiques. Pas les trucs qui ont duré trois jours mais les grandes crises comme des guerres, des choses qui ont fait bouger notre système. Il y a de belles décisions qui ont été prises derrière.

On a créé l’ONU, on a inventé le système de santé en France tel qu’il est encore aujourd’hui et qui permet de ne pas avoir ce qui se passe aux États-Unis, qui permet d’avoir accès aux soins. Ce sont de belles décisions, de belles organisations que l’on a mises en place. Le système social et la façon dont on tient au niveau économique ces jours-ci _ je crois que ça coûte quasiment 20 milliards d’euros de mettre les gens au chômage aujourd’hui et donc de garantir un niveau de revenu qui permet de tous bouffer _  ce sont des décisions qui ont été prises à la sortie des grandes crises. Donc j’espère qu’on aura le courage et la possibilité d’acter des modèles qui prennent plus en compte la santé, l’écologie, le climat, l’environnement et d’acter des décisions aussi fortes que celles qui ont été prises à l’issue d’autres grandes crises. 

3. Comment préparer le retour à la “normale” afin que ce ne soit plus comme avant ?

Il y a ceux qui sont en train de bosser sur le déconfinement et je les plains énormément, de devoir savoir comment on va sortir de ce truc là. La question c’est qu’est-ce qu’on est capable de faire ?  Qu’est-ce que l’on va avoir le courage de faire ? Parce qu’il va quand même y avoir un truc assez terrible, c’est que l’on va rentrer dans une crise économique comme je pense que l’on n’a jamais connue donc on va avoir tous besoin de repenser un modèle économique. Repenser des modèles qui font que nos organisations ne meurent pas, que l’on arrive à tenir les salaires, que l’on arrive à tenir un niveau de rentabilité économique qui fait que ça continue à tourner.  

Après il ne faudrait pas que ça nous empêche de regarder plus loin que les tableaux de compte. Qu’est-ce qui peut nous permettre de le faire ? Ce serait par exemple mettre en place des instances qui permettent de rester souple au niveau des actionnaires, au niveau des financiers, au niveau des gouvernements, mettre en place des soupapes qui nous permettent de réfléchir à la suite. Je ne sais pas comment on prépare l’après en vrai mais j’ai le sentiment qu’aujourd’hui, si on se pose les bonnes questions, on arrivera à mettre en place des solutions intermédiaires qui permettront de prendre les bonnes décisions. J’espère que collectivement on regardera cette union sacrée et que l’on arrivera à ne pas repartir dans des espèces de luttes intestines entre les extrêmes, les gens qui vont vouloir profiter de cette situation et les autres.

 

4. Qu’allez-vous faire, vous, à votre échelle ?

Je vais dire nous parce qu’il y a vraiment toute la petite équipe de Thinkers & Doers qui est ultra mobilisée depuis le début et c’est canon en fait comme ça.

Nous, à notre échelle, on va aller poser des questions aux gens du réseau Thinkers & Doers. Un réseau international avec des réactions à la crise qui sont assez différentes d’un pays à un autre. On va aller rencontrer les gens qui font partie de notre comité scientifique et ceux qui font partie des cercles equality, les experts très engagés sur l’agenda 2030 des Nations-Unies et leur poser la question pour tâcher de savoir exactement ce qui les préoccupe pour ce monde que l’on va reconstruire. 

On va essayer de le faire de façon assez scientifique et donc de bosser sur ce que l’on appelle une “carte des positions”. La “carte des positions” c’est essayer de sérier tout ce que l’on a envie de garder, ce que l’on a plutôt envie de changer ou de supprimer dans nos façons de fonctionner et on va mettre à la sortie du confinement _ pas à la sortie de la crise car à mon avis on en a pour un petit bout de temps _  à disposition cette carte des positions qui à mon avis sera assez représentative. Ça c’est un peu ce qu’on peut faire à notre niveau avec le réseau. 

Après un peu comme les initiatives comme les vôtres (le média Ground Control), c’est comment on valorise tous ceux qui sont aujourd’hui sur le terrain qui sont en train de monter des trucs de dingue pour aller soutenir les soignants, les personnes dans la rue, les migrants, etc. Tous ceux qui sont déjà engagés dans un nouveau système, un système anti-crise. Chez vous, on est très proche du Refugee Food Festival par exemple, je trouve ça génial ce qu’ils font.  On peut aussi parler de l’opération #ComandoReffetorio portée par l’équipe du Reffetorio et l’artiste JR. Nous on va se servir de nos médias, de nos partenaires médias pour aller valoriser ceux qui aujourd’hui sont en train de bosser sur cette gestion de sortie de crise. On fait ce qu’on peut voilà !

Propos recueillis le 08/04/2020.

Culture, économie, philosophie, spiritualité, sciences, politique …

“4 questions pour demain” interroge des personnalités d’horizons différents pour nous aider à mieux comprendre aujourd’hui et à préparer l’avenir.

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